Le Canada appelle à un contrôle de la pêche en haute mer
Par Doudou, jeudi 19 mai 2005 à 11:42 :: Revue de presse :: #5 :: rss
Le Canada appelle à un contrôle de la pêche en haute mer, Le Figaro, 14/05/05
Une réglementation efficace a du mal à se mettre en place dans les eaux internationales
St. John's de Terre-Neuve (Canada) : de notre envoyée spéciale Isabelle Brisson
La disparition de la morue au large de Terre-Neuve (Canada) a abouti, dans les années 90, à une interdiction de la pêche à l'intérieur des eaux côtières canadiennes. Une décision dont le pays ne s'est pas encore relevé. Fort de cette expérience, le Canada a décidé de jouer un rôle moteur dans l'encadrement et la limitation de la pêche dans le monde. Ainsi vient-il d'organiser pendant une semaine une Conférence sur la gouvernance des pêches en haute mer, au-delà des 200 milles marins placés sous contrôle national. Une cinquantaine de pays y ont participé dont le Chili, le Japon, la Chine, l'Australie, le Brésil, l'Inde, ainsi que l'Union européenne et les Etats-Unis. Dix-huit d'entre eux étaient représentés au niveau ministériel. Malgré l'engagement politique de certains, peu de décisions ont été prises. Grosse déception pour les écologistes, aucun moratoire sur le chalutage en haute mer n'a pas été voté.http://www.lefigaro.fr/sciences/20050514.FIG0147.html
Au Canada, la surpêche est un sujet d'intérêt national. Le premier ministre, Paul Martin, veut en faire une des «priorités de (sa) politique étrangère, pour le bien commun de la planète». Il l'a dit et répété lors de la Conférence sur la gouvernance des pêches en haute mer, qui s'est déroulée pendant une semaine à St. John's de Terre-Neuve.
Les eaux internationales n'appartenant à aucun Etat en particulier, la réglementation de la pêche tient du casse-tête. Cet état de fait encourage la pêche illicite, qui représente le chiffre énorme de 30% des prises, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Cette pêche illicite concerne aussi des poissons migrateurs, comme la morue, qui chevauchent la limite des eaux internationales, à l'extérieur de la zone protégée des 200 milles marins (364 km). Adopter des mesures de restriction de pêche devient urgent si l'on considère, toujours d'après la FAO, que 52% des poissons sont exploités à pleine capacité dans le monde et que 24% font l'objet d'une surpêche.
Actuellement, les eaux internationales sont contrôlées par trente organisations régionales de pêche (ORGP). Ces organismes qui régissent la pêche donnent des avis scientifiques sur l'état des stocks et des écosystèmes et délibèrent au niveau politique sur la législation de leurs pays membres. Mais, très souvent, les sanctions sont jugées trop faibles. Des licences devraient plus souvent être retirées dans ce cas, estime-t-on à Terre-Neuve.
Lors de la conférence, il a également été rappelé que les pavillons de complaisance ne devaient pas être tolérés. Ils contribuent largement à la pêche illicite. Des pays comme le Honduras, le Liberia ou les îles Caïman délivrent en effet en quelques heures, moyennant finances, des pavillons sur simple demande. Un bateau ainsi immatriculé permet à son propriétaire de ne pas appliquer le Code du travail en vigueur dans son pays d'origine, ni le contrôle de l'effort de pêche ou des débarquements. Les pays participants ont demandé à ces pays d'éviter de créer des ports de complaisance. Concrètement, les Etats non membres des ORGP ont été vivement encouragés à s'y rallier. Et une dotation de 20 millions de dollars canadiens sera engagée pour lutter contre les prises illicites.
Au chapitre des déceptions, la question du chalutage en eau profonde, qui est restée sous-jacente pendant toute la conférence, n'a pas été résolue. Un moratoire était réclamé à grand bruit par les organisations écologiques présentes, qui ne l'ont pas obtenu. Les ministres n'ont pas voulu revenir sur les engagements politiques différents pris lors de la dernière réunion des Nations unies, en novembre 2004. L'Espagne déclare être l'un des rares pays à accepter de ne pas employer de filets profonds, là où les écosystèmes sont vulnérables et sous réserve que des études scientifiques espagnoles le prouvent. La France, absente pour des raisons logistiques, ne se désintéresse pas de toute cette problématique. «L'Ifremer a été parmi les premières en Europe à s'intéresser aux espèces profondes», confirme en son nom Serge Beslier, représentant de l'Union européenne. Cela dit, la surpêche n'est pas se
ule à être incriminée dans la disparition d'espèces marines comme la morue. Le réchauf fement climatique (lire l'encadré ci-dessous) peut être évoqué ainsi que la pollution, qui perturbe les migrations d'espèces, voire les phoques. Enfin, trop peu d'aires maritimes sont protégées.
Les scientifiques canadiens sont plutôt pessimistes quant à l'avenir des stocks. Jon Lien, de l'université Memorial de Terre-Neuve, qui a étudié le cas de la baleine et celui de la tortue luth, estime qu'à moins d'un miracle la morue ne pourra pas revenir autour de Terre-Neuve, après une disparition de treize ans. De son côté, Denzil Miller, de la Convention sur la conservation de la faune et de la flore marine de l'Antarctique, juge nébuleux le concept de gestion des écosystèmes. A l'instar de Scott Parsonsn, de l'université d'Ottawa, il rappelle que ce concept a été inventé par les hommes, dans leur seul intérêt.
«La peur ressentie actuellement est positive, nuance-t-il, parce qu'elle incite les gouvernements à faire valoir le principe de précaution.»
Et d'expliquer qu'un écosystème comprend une communauté écologique et son environnement et que la chaîne alimentaire va du phytoplancton à l'homme, en passant par des herbivores, des carnivores et des mammifères marins. La pêche peut modifier son équilibre. Un dommage causé sur les coraux, par exemple, peut avoir des effets sur les requins. C'est ce que l'on appelle l'effet domino.
En attendant, aujourd'hui, à Terre-Neuve, des dizaines de petits bateaux viennent de manifester dans le port de St. John's. Ils protestaient à propos de la répartition imposée par le gouvernement régional pour le traitement du crabe des neiges. Depuis 1992, ce crustacé, qui prolifère en raison de l'absence de morue, constitue la principale ressource des pêcheurs de l'île.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire