Pas moins de 15 milliards de sacs en plastique sont distribués chaque année en France. Temps moyen, des caisses aux placards : 20 minutes. La majorité connaît une deuxième jeunesse et sert de sacs-poubelle. Puis se retrouve dans l'incinérateur, ou à la décharge, souvent la nature, où ils étouffent certains animaux, notamment en milieu marin. Moyenne de vie en liberté : 400 ans. Pour les écologistes, c'en est trop. Appuyés par un sondage CSA qui révèle que 83 % des Français approuvent la suppression des sacs plastique dans la distribution, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et les Amis du vent (organisateurs du Festival du vent de Calvi, ils ont obtenu l'arrêt des sacs jetables en Corse en 2003) ont annoncé hier qu'ils lançaient «l'estocade aux sacs jetables», dont ils exigent l'arrêt pur et simple.

Coût. Facile à exiger, pas si évident à réaliser. Témoin, les critiques qui ont accueilli la présentation, la semaine dernière, d'un sac en plastique biodégradable, le Néosac. Soutenu par deux députés UMP, Yves Jégo et Laurent Wauquiez, le Néosac est mis au point par une douzaine d'industriels de Haute-Loire. Argument massue : sa commercialisation permettrait de préserver 4 000 emplois dans la plasturgie française. Son coût est par ailleurs raisonnable : le lot de 1 000 Néosac est à 18 euros contre 15 pour son équivalent traditionnel. Mais scientifiquement, qu'en est-il ? Une vraie solution à un déséquilibre environnemental grave ou une fausse alternative dangereuse pour l'avenir ?

Le Néosac est un sac en polyéthylène. Un sac en plastique classique auquel on a intégré des adjuvants qui accélèrent sa dégradation. Selon le concepteur de ce plastique biodégradable, le professeur Lemaire, directeur du Centre national d'évaluation de photoprotection (Cnep), ce sac ne mettrait que trois mois à se fragmenter dans la nature sous l'effet de la lumière, de l'oxygène et de la chaleur. La pollution visuelle est diminuée. Ce n'est qu'après cette phase que les poussières de plastique obtenues pourraient être ingérées et bioassimilées par des micro-organismes. En résumé, jeté dans la nature, le Néosac s'effritera avant de disparaître sans nuisance.

Des zones d'ombre demeurent pourtant. Tout d'abord, la formule de ce polyéthylène n'a jamais été publiée. Certains scientifiques craignent que les adjuvants qui aident à la photodégradation (dégradation par la lumière) ne soient encore plus nocifs pour l'environnement. C'était déjà l'une des principales critiques émises à l'encontre des ancêtres du Néosac, les sacs fragmentables en EPI. Ensuite, que deviennent les poussières de polyéthylène disséminées ? Autrement dit, depuis quand les micro-organismes sont-ils capables d'assimiler du plastique ? Selon Françoise Sylvestre, présidente du Comité français pour la biodégradabilité (Cobio), «pour évaluer la biodégradabilité d'un produit, il faut mesurer le taux de CO2 dégagé lorsqu'il est assimilé par des micro-organismes. Les concepteurs du Néosac ont juste noté que des micro-organismes arrivaient à se développer sur ce plastique. Cela ne veut pas dire qu'ils l'assimilent».

Et comment les micro-organismes pourront-ils ingérer une grande quantité de plastique loin des conditions idéales créées en laboratoire ? «Il faut aborder ce sujet avec une grande honnêteté scientifique car, si on trompe les consommateurs en disant que ce plastique est biodégradable, on va le payer très cher dans quelques années...» estime Antoine Gaset, professeur à l'Institut national polytechnique (INP) de Toulouse.

Au-delà de ces interrogations scientifiques, les associations écologistes attaquent le Néosac sur un autre front : vanter les bienfaits d'un sac biodégradable pérenniserait la culture du tout-jetable. «Le sac en plastique jetable est le symbole de la société de consommation. Avant, tout ce qui était jetable était moderne. Aujourd'hui, certaines grandes entreprises ont intégré la notion de développement durable, il faut trouver la meilleure solution à long terme», analyse Serge Orru, président des Amis du vent. Selon lui, un sac cabas payant et interchangeable à vie serait la solution. Même en plastique, l'essentiel est que le sac soit réutilisé. Un système établi dans les supermarchés Leclerc.

Incinérateurs. Au Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid), Florence Courraud, chargée de campagne production propre, milite aussi pour cette solution, en regrettant que le recyclage du plastique engendre de la pollution à cause des incinérateurs. «L'idéal serait de fabriquer des sacs en polymère naturel comme l'amidon de maïs, qui permettraient d'envisager de créer une filière de compostage des déchets.» Sans volonté politique, impossible.

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