J'ai été élevée dans une famille où la peur de manquer était présente inconsciemment, donc mon éducation alimentaire s'est déroulée avec des pratiques alimentaires et des représentations sur l'alimentation liées à cette peur. Bébé qui refusait la nourriture, je suis devenue une enfant qui mangeait peu, une adolescente qui mangeait beaucoup, une jeune femme torturée par les régimes et la minceur se laissant éblouir par le culte des images omniprésent dans notre société, puis une jeune femme soucieuse de sa santé psychique et corporelle.

Déconstruire des représentations familiales, les mettre à distance pour en élaborer d'autres, s'approprier des représentations qui nous correspondent, tout cela prend du temps. C'est ce parcours ponctué de rencontres, d'expériences et de lectures que je vais vous raconter maintenant.

J'ai d'abord mangé presque rien pendant mon enfance. Ce dont je me souviens, ce sont les interminables bagarres avec ma mère pour ouvrir la bouche, et les stratégies de ma grand-mère maternelle pour y arriver. Il y a ensuite eu toute une période, lorsque j'ai été un peu plus grande, où j'ai mangé beaucoup plus, à ma juste faim. Puis toute une autre période, lorsque j'ai été adolescente, où j'ai mangé beaucoup plus que ma faim, sans que cela me dérange. A cette période a succédé une autre période, où complètement subjuguée par les images véhiculées par les médias, il a fallu être mince à tous prix, donc manger beaucoup moins. C'est à ce moment là que j'ai commencé à mettre de côté mes sensations de faim, de soif, de satiété, de plaisir gustatif, pour me concentrer uniquement sur l'objectif à atteindre : mincir, toujours mincir. Je me suis lancée dans divers régimes, à la chasse aux graisses, aux sucres et aux calories. J'ai découvert tout ce qu'offre notre société de consommation : les produits allégés, les 0%, les toujours moins de ceci, toujours moins de cela ... Ce qui m'intéressait sur les étiquettes des produits que j'achetais, c'était uniquement le nombre de calories et les taux de glucides, lipides et protides. Evidemment, ces temps de trop grande maîtrise de restriction alimentaire et de calculs en tous genres ont été ponctués de moments où je ne maîtrisais plus rien, où j'engloutissais tous les aliments que je m'interdisais de manger jusqu'au mal de ventre, sensation du trop ...

Il y a eu une période, ensuite, qui a été beaucoup plus stable, avec une alimentation équilibrée constituée de légumes, fruits, viandes blanches, poissons, céréales, laitages. Je sélectionnais encore les produits en fonction des calories qu'ils contenaient. Néanmoins, à cette époque, mes lectures ont évolué des méthodes pour maigrir à des critiques de ces méthodes et je me suis intéressée à des livres qui traitaient du manger mieux. J'ai rencontré une personne végétatienne, qui m'a expliqué comment elle organisait ses repas. J'ai donc peu à peu remplacé les protéines animales par des protéines végétales ( par un jeu de mélanges de céréales et de légumineuses par exemple ), j'ai découvert le soja et comment je pouvais l'utiliser dans mon alimentation, j'ai fait une plus grande place aux céréales, les légumes ont pris une place très importante dans ma cuisine, des changements s'opéraient.
Guillaume en parle dans son article, la rencontre avec sa soeur a déclenché une réflexion autour du bio. Je ne vais pas reprendre ce qu'écrit Guillaume par rapport aux courses dans différents magasins, témoins du cheminement et des changements progressifs.

Peu à peu, j'ai pris soin de lire les étiquettes des produits que j'achetais, non pas pour le nombre de calories, mais pour la composition des produits ; ma réflexion s'est alors orientée vers les conservateurs, arômes, provenances des produits, modes de culture, vitamines contenues dans les aliments ...

Actuellement, je mange bio et végétarien. Les occasions où je mange de la viande et du poisson sont de plus en plus rares. Je prends en considération avant tout mes sensations de faim, soif, satiété et plaisir gustatif. L'aspect santé physique et mentale est passée au premier plan, ainsi que l'aspect éthique de la production et de la consommation des aliments. J'ai maintenant envie, d'une part de me pencher sur la phythothérapie, qui permet également de nourrir le corps et l'esprit de façon saine, et d'autre part de prendre un peu plus de temps pour innover dans mes préparations culinaires.