LA GRANDE MAJORITÉ des Français savent que la manière dont ils mangent a une influence sur leur état de santé. Dans la dernière enquête du Crédoc sur les comportements et consommations alimentaires (2004), ils sont 85 % à en être convaincus contre 79 % en 2000 et 75 % en 1997. Et de la conviction à la pratique, il n'y a qu'un pas, qu'ont franchi 26 % de nos concitoyens.

L'enquête de 2004 a permis au Crédoc de définir neuf catégories de consommateurs : les seniors traditionnels (17 %), les bons vivants (9 %), les familiaux classiques (11 %), les inquiets pressés (11 %), les solitaires désimpliqués (9 %), les décontractés (10 %), les innovants (7 %), les adeptes de nutrition (21 %) et les obsédés de la balance (5 %). Ce sont ces deux dernières catégories qui sont particulièrement sensibles à la dimension santé de l'alimentation. Les adeptes de nutrition recherchent une alimentation saine et équilibrée, sans vouloir la satiété, mais sans négliger le plaisir des papilles. La progression des maladies cardio-vasculaires et de la prévalence de l'obésité les inquiète beaucoup. Il s'agit plus souvent de femmes ainsi que de personnes de plus de 45 ans, à l'écoute de l'actualité nutritionnelle. Ils sont attirés par les produits régionaux, issus de l'agriculture biologique ou encore labellisés et sont prêts à payer plus cher pour une meilleure qualité.

Les adeptes de nutrition, dont le nombre devrait grandir, selon le Crédoc, vont donc consommer davantage de fruits, de légumes, de poissons, de soupes, de produits ultrafrais laitiers, de boissons chaudes et d'eau que les autres catégories ; sans oublier les produits allégés en matières grasses. Ils délaissent volontiers les plats composés, les pizzas et les quiches, les boissons sucrées et surtout les sandwichs. Ils consacrent plus de temps et d'énergie que les autres à préparer les repas, sont plus attentifs à la durée de ceux-ci, mais se contentent d'un plat principal et d'un fromage ou d'un dessert. Moyennant quoi, ils dépensent 261 euros par mois (par unité de consommation et hors repas pris à l'extérieur) à la nourriture contre 224 en moyenne. Les obsédés de la balance sont en général des femmes jeunes qui vivent en ville. Ils sont plus minces que la moyenne (24 % sont en surpoids ou obèses contre 35 % des autres adultes). Leur exigence vis-à-vis des produits est à la hauteur de leur inquiétude face aux crises alimentaires. L'œil rivé sur la balance, ils contrôlent les calories, sont adeptes du sport et des régimes. Ils privilégient les allégés, les produits enrichis et les compléments alimentaires. Ils rejettent le pain, la charcuterie, les fromages et les pommes de terre au profit du lait (ils en consomment quatre fois plus que la moyenne des autres catégories) et des céréales du petit déjeuner (cinq fois plus). Défaut de la cuirasse : ils craquent plus souvent que la moyenne pour les pâtisseries et en consomment 32 % de plus que les autres. Et pour eux, il faut manger le plus vite possible : les sauts de repas (34 % au moins une fois par semaine), les plateaux repas, la livraison à domicile sont fréquents et les repas sont rarement pris à heure fixe. Autant d'éléments contradictoires avec les préoccupations vis-à-vis du poids.

« On verra plus tard ».
Une troisième catégorie est au courant des bonnes conduites nutritionnelles mais remet leur application à plus tard, c'est celle des innovants. Ce sont le plus souvent des hommes de moins de 45 ans qui vivent dans les grandes agglomérations. L'emballage, la nouveauté, la marque et l'innovation sont autant de motivations d'achat et ils privilégient les sandwichs, les livraisons de plats cuisinés, les repas pris sur le pouce ou à l'extérieur. Ils sont bien décidés à changer d'alimentation mais seulement quand il le faudra, sous-entendu quand les premiers symptômes de fatigue de leur organisme se feront ressentir.


Extrait du Quotidien du Médecin