0GM : “Le principe de precaution est bafoue”, Nicolas Hulot, President de la Fondation pour la Nature et l’Homme, Le Parisien, 21/03/06
Par Doudou, mercredi 22 mars 2006 à 09:49 :: Revue de presse :: #117 :: rss
A partir d'aujourd'hui, le Senat examine un projet de loi destine a encadrer sur notre territoire les cultures d'OGM (lire ci-dessous), ces plantes comme le maïs ou le colza dont le patrimoine genetique a ete manipule pour les rendre plus tolerantes aux herbicides ou leur permettre de produire elles-memes des insecticides. Bref, pour ameliorer leur rendement Ce texte est loin de faire l'unanimite.
Pour Francois Goulard, ministre delegue a la Recherche, il etablit des “regles de transparence”.
Pour ses opposants, en particulier les organisations ecologistes et le Parti socialiste, c'est la porte ouverte a la commercialisation generalisee des organismes genetiquement modifies. Pamii eux, Nicolas Hulot, aventurier cathodique, ami de Jacques Chirac et president de la Fondation pour la Nature et l'Homme. Sur la meme longueur d'onde ou presque que les associations France nature environnement et Greenpeace, le militant aux multiples casquettes, qui jusque‑la ne s'etait jamais exprime publiquement sur ce dossier sensible, demande aux parlementaires d'amender le texte.
Pourquoi ce projet de loi ne vous convient pas en l'etat ?
Nicolas Hulot. On bafoue le principe de precaution. Ce n'etait pas la peine d'inscrire ce droit fondamental dans la charte constitutionnelle de l'environnement si on ne l'applique pas. Les 0GM, c'est un cas d'ecole. Aucun decideur n'est en mesure aujourd'hui de nous dire quels sont leurs effets sanitaires. Or, quand il existe un risque soupconne pour la sante et l'enironnement, quand on est dans le doute, on prend le temps. II n'y a rien qui justifie qu'on brule les etapes, il n'y a pas d'urgence a faire n'importe quoi. Ce qui me fait peur, ce ne sont pas les 0GM, mais la precipitation. Ce projet de loi est une autorisation de contamination ‑via notamment les pollens ‑ des cultures traditionnelles par des cultures 0GM : un veritable permis a polluer. Dans la nature, rien ne se perd, tout se retrouve !
Que vous inspire cette situation ?
Ca me rappelle l'histoire de l'amiante. Les deux situations se ressemblent etrangement Dans les annees 1960‑1970, il existait sur l'amiante un faisceau de presomptions qui a ete ignore parles pouvoirs publics. Si certaines personnes avaient ete ecoutees a l'epoque, on aurait pu eviter bien des drames. Avec nos folies d'aujourd'hui, on construit les malheurs de demain.
Que demandez‑vous aux parlementaires ?
De ne pas etre dogmatiques et de garder en memoire les erreurs du passe. L'histoire nous a appris a etre prudents. Il y a une directive europeenne, pas forcement tres bonne a la base, et on en fait une transposition encore plus mauvaise. Le texte doit donc etre amende. II est primordial que le principe de precaution soit expressement reconnu dans le projet de loi et qu'aucune donnee sur la toxicologie des 0GM ne reste confidentielle. II faut egalement donner des moyens a la contre‑expertise, permettre au conseil des biotechnologies qui sera mis en place d'evaluer tous les risques. Une commission dont je remets en cause la representation annoncee : elle fait la part belle aux semenciers et oublie les ONG et les associations de defense des consommateurs. En attendant des conclusions claires, il est necessaire d'imposer un moratoire technique, le temps de faire jaillir la verite. Ne jouons pas avec le feu, ne cultivons pas a tout bout de champ ! On a besoin de recul afin de determiner les risques d'allergies des organismes genetiquement modifies sur l'homme et la resistance aux antibiotiques qu'ils peuvent generer. Mais aussi les consequences pour la nature. Aux Etats‑Unis, on s'est ainsi apercu qu'il existait des dommages collateraux sur les micro‑organismes.
Et si votre appel n'est pas entendu...
II faut alors esperer que la loi soit retoquee au Conseil constitutionnel.
Vous etes‑vous entretenu avec le president Chirac sur cette question ?
Pas recemment. Mais il m'avait semble, dans le temps, que les 0GM n'etaient pas franchement sa tasse de the. C'est la qu'on voit le poids des lobbys !
Pourriez‑vous devenir un faucheur volontaire ?
Pas a ce jour. J'ai envie de rester dans la legalite. Je ne partage pas ce mode d'action, mais je le comprends.
Propos recueillis par Vincent Mongaillard
www.leparisien.com
La loi doit etre votee avant la fin de l'annee Le projet de loi sur les 0GM, au menu aujourd'hui des senateurs, est, avec bien du retard, une transposition dans le droit francais de deux directives europeennes datant de 2001 et 2003. Le gouvernement, qui souhaite qu'il soit adopte d'ici a la lin de l'annee, a choisi de le faire examiner selon une procedure d'urgence ne prevoyant qu'une lecture par chambre (Senat puis Assemblee nationale). Le texte vise a mieux encadrer l'exploitation et la commercialisation des 0GM. II oblige ainsi les agriculteurs a declarer en prefecture les parcelles de plantes transgeniques comblant ainsi un vide juridique qui a penis, l'annee derniere, la culture en catimini, sans le moindre controle - et pourtant en toute legalite - de plus d'un millier d'hectares de maïs transformes sur les terres de l'Hexagone. La mise sur le marche des 0GM devra etre soumise a autorisation valable dix ans maximum. Le projet de loi impose egalement a l'industrie agroalimentaire de signaler sur l'etiquetage de leurs produits la presence d'OGM. Par ailleurs, la “coexistence” entre cultures 0GM et non 0GM est affirmee dans le projet de loi, ce que contestent les ecologistes qui craignent une contamination des secondes par les premieres. Pour reduire la dissemination des pollens d'un champ a l'autre, des distances de securite et des zones tampon devront etre mises en place. Un fonds de garantie, alimente par une taxe a l'hectare payee par les cultivateurs d'OGM, indemnisera les paysans dont les recoltes ont ete contaminees a plus de 0,9 %.
Commentaires
1. Le jeudi 23 mars 2006 à 08:45, par Guillaume
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