Nous devons arreter de nous deplacer en 4 x 4, recycler tout ce que nous pouvons et alimenter nos maisons en energie solaire. Ca, nous le savons.

Mais, si ces mesures ne marchent pas et que le rechauffement planetaire s’accentue, nous devrons peut-etre regeler nous-memes les banquises de l’Arctique. C’est en tout cas ce que propose Peter Flynn, chercheur en genie mecanique de l’universite d’Alberta, au Canada. Lorsque ce dernier a entame ses recherches, son but etait de determiner si un courant marin arctique pouvait stocker du carbone dissous. Puis il s’est interesse a l’affaiblissement des courants de profondeur provoque par la fonte des glaciers.
Les eaux profondes de l’Arctique, qui sont salees, froides, et donc tres denses, s’ecoulent vers le sud en laissant un vide. Un vide que vont combler les eaux tropicales de surface [chaudes et donc moins denses], qui, elles, s’ecoulent vers le nord. Ce systeme de courants en tapis roulant, alimente par la difference de densite entre eaux profondes et eaux de surface, contribue au climat tempere de l’Europe.
Mais le surplus d’eau douce issue de la fonte des glaciers fait baisser la densite des eaux profondes de l’Arctique et induit par consequent une diminution du flux d’eaux chaudes vers le Nord. L’Europe se retrouve alors face a un danger de refroidissement. “Lorsqu’on met une couche d’eau douce sur l’ocean, on influe sur les schemas de circulation des courants, explique Flynn. Dans un premier temps, la planete se rechauffera, puis nous serons plonges dans un froid glacial.”
Pour Flynn et son equipe, la seule chance de preserver le climat de l’Europe serait de refroidir artificiellement les courants marins en regelant la calotte glaciaire.
Pour ce faire, ils ont envisage la mise a flot de barges dotees de serpentins qui serviraient de refrigerateurs geants. De toutes les solutions, celle-ci s’est averee la plus raisonnable economiquement parlant : son cout serait de 50 milliards de dollars seulement. Huit mille barges totalement automatisees pulveriseraient de l’eau douce dans l’air pour accelerer la formation de la calotte glaciaire, pomperaient de l’eau de mer et la deverseraient sur la banquise pour qu’elle l’epaississe en gelant. En fondant, cette grande quantite de glace d’eau de mer alimenterait les courants de profondeur avec de l’eau salee dense.
Christopher Field, responsable du departement d’ecologie mondiale au Carnegie Institute (Michigan), a trouve l’idee de Flynn interessante, mais insiste sur le fait que la priorite immediate est d’empecher le changement climatique ou, au pire, de s’y adapter.
“Cette solution doit rester un dernier recours”
, a-t-il precise. Flynn affirme egalement qu’il s’agit uniquement d’une solution de la derniere chance :
“C’est un plan d’urgence, le genre de reponse que l’on apporte lorsque l’on se pose la question : et si…? La meilleure facon de faire face au rechauffement planetaire, c’est d’en traiter les causes, pas les symptomes. Mais l’espece humaine est peu douee dans ce domaine. C’est donc une solution d’urgence, au cas ou nous ne parviendrions pas a traiter les causes du changement climatique.”


Courrier international n° 802, 16/03/06
Britt Petterson, Seed