Elevages. Une catastrophe ecologique
Par Doudou, mercredi 28 juin 2006 à 10:00 :: Revue de presse :: #141 :: rss
Catastrophe ! Le monde mange de plus en plus de viande. L'elevage industriel emet des fleuves de polluants, fait disparaitre des millions d'hectares de biodiversite, abrite des virus mortels et, surtout, accelere dangereusement la fievre terrestre.
Pour sauver la planete, mangeons moins de viande ! L'elevage industriel qui se developpe, surtout en Asie, entraine un cout ecologique de plus en plus insupportable. Ce qui amene plusieurs institutions, dont la Fao, a pousser un cri d'alarme.
Pour sauver la planete, mangeons moins de viande ! L'elevage industriel qui se developpe, surtout en Asie, entraine un cout ecologique de plus en plus insupportable. Ce qui amene plusieurs institutions, dont la Fao, a pousser un cri d'alarme.
On oublie que, pour fabriquer un poulet, un boeuf ou un mouton, il faut depenser beaucoup d'energie en chauffage, nourriture, transport, decoupe de la viande, chaine du froid... D'ou un rejet important de gaz a effet de serre. Auxquels il faut ajouter le methane emis par les ruminants. Pour le compte de l'Ademe, l'expert Jean-Marc Jancovici a chiffre la part du regime carnivore dans la fievre terrestre. Stupefiant ! Le kilo de viande de veau equivaut a un trajet automobile de 220 kilometres ! L'agneau de lait : 180 kilometres ! Le boeuf : 70 kilometres ! Le porc : 30 kilometres ! Et encore Jancovici n'a-t-il pas comptabilise les apports carbones de l'emballage, du deplacement du consommateur et de la cuisson. A titre de comparaison, la production de 1 kilo de ble ou de pommes de terre equivaut tout juste a un creneau en voiture.
Pour ne rien arranger, le cheptel mondial augmente au moins aussi vite que le parc automobile. Selon le plus recent decompte de la FAO, la planete abrite desormais 17 milliards de poulets, 1,8 milliard de moutons et de chevres, 1,4 milliard de bovins, 1 milliard de cochons et 1 milliard de canards. Auxquels il faut ajouter les nombreuses autres especes consommees : dindes, chameaux, poissons, chiens... Le monde devient, en effet, de plus en plus carnivore. Depuis les annees 50, la consommation mon-diale de viande a quintuple. Et meme si elle stagne en Occident depuis une vingtaine d'annees, elle s'envole dorenavant dans tous les pays emergents. Les Chinois et les Indiens ne se contentent plus de leur bol de riz ou de lentilles. Entre 1991 et 2002, les Chinois ont quadruple leur regime carne et les Indiens l'ont double. Selon la Fao, en 2030, le tiers-monde consommera pres des deux tiers de la viande mondiale. Il ne fait que suivre notre exemple avec un siecle de retard.
Mais les mefaits ecologiques des elevages intensifs ne s'arretent pas a la fievre planetaire. Le mal est plus profond. A commencer par l'artificialisation de la nature. Voila longtemps que les animaux ne sont plus nourris avec de l'herbe ou des dechets. L'elevage industriel reclame des quantites astronomiques d'aliments qui monopolisent 29 % de la surface terrestre sous forme de paturage et de cultures fourrageres. Ainsi, le soja est cultive a 90 % pour assurer l'alimentation animale. En quelques annees, rien qu'au Bresil, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie, cette culture s'est emparee de 40 millions d'hectares, surtout pour alimenter les bovins europeens et chinois. Or les ecologistes accusent cette extension de se faire le plus souvent au detriment de milieux naturels de grand interet, comme la savane arboree bresilienne, le Chaco argentin, la foret chiquitana bolivienne. Depuis quelques annees, c'est meme la foret amazonienne qui recule devant de nouvelles varietes de soja appreciant le climat tropical. En mangeant donc de la viande bien francaise, nous participons indirectement a la perte de la biodiversite amazonienne. Si encore cette nouvelle industrie enrichissait les petits paysans. Meme pas. « Le boom du soja remplace les agriculteurs par des investisseurs financiers. Ils engrangent des benefices allant jusqu'a 50 % par an. Demain, ils s'en iront vers d'autres produits plus rentables, laissant derriere eux une catastrophe ecologique et sociale », denonce, dans La Revue durable, Marc Hufty, enseignant-chercheur a l'Institut universitaire d'etudes du developpement (IUED) de Geneve. Par ailleurs, fabriquer de la viande avec du soja est un gachis proteique, puisqu'il faut 18 kilos de proteines vegetales pour fabriquer 1 kilo de boeuf ! La planete serait donc bien mieux nourrie avec un regime vegetarien.
C'est aussi l'elevage qui explique le succes du mais, ce boit-sans-soif qui vide les nappes phreatiques et rend exsangues les rivieres, ce consommateur d'engrais et de pesticides qui pollue l'air, le sol et l'eau. La Bretagne, qui eleve un cheptel faramineux de porcs et de volailles, en sait quelque chose. « Il faudrait produire moins de viande, mieux entretenir le territoire et gerer les cycles biologiques », dit Christian Mouchet, professeur d'economie rurale a l'Agrocampus de Rennes. Importation de soja, excedents de cereales. « Le resultat est une agriculture non durable qui puise dans les ressources naturelles de facon quasi miniere, economiquement inefficace et creatrice de desequilibres territoriaux », ajoute-t-il. Quelques eleveurs tentent de faire marche arriere. C'est pourtant cette voie bretonne peu recommandable qu'empruntent les pays emergents asiatiques. Le rivage de la mer de Chine se couvre d'elevages industriels de porcs et de volailles. Mais il y a pire que cette pollution. Depuis quelques annees, la Fao s'inquiete de la cohabitation des grands centres urbains avec ces elevages geants. Le melange est detonant. Hier, en Europe, la maladie de la vache folle a fait craindre le pire. Aujourd'hui, c'est la grippe aviaire. Lorsqu'il mutera defavorablement, le H5N1 provoquera des millions de morts dans la population humaine. Lui ou un autre. Les virus et microbes pathogenes abrites par les animaux d'elevage sont legion. « En cultivant en grande quantite des proteines (poulets, moutons...) identiques, on cree une sorte de reacteur biologique. Si un virus est adapte a un des animaux, il sera aussi adapte a tous les autres. Et l'elevage sera decime », explique Francois Renaud, directeur du laboratoire Genetique et evolution des maladies infectieuses (CNRS-IRD). Louise O. Fresco, sous-directrice generale de la FAO, complete : « La nature transfrontiere de ces maladies et leur capacite potentielle a franchir les barrieres des especes et a toucher l'homme constituent des enjeux serieux. » Et de se rassurer : « La science peut faciliter un developpement de l'elevage durable, equitable et sans danger, en innovant dans une vaste palette de secteurs. » Certes, la science peut tout, mais l'homme reste un fou. Comptons sur lui pour ne pas renoncer facilement a son bifteck ou a son poulet aux champignons noirs. La sante de son estomac lui importe davantage que celle de la planete. A moins d'une epidemie faisant des millions de morts...
http://www.lepoint.fr/
Pour ne rien arranger, le cheptel mondial augmente au moins aussi vite que le parc automobile. Selon le plus recent decompte de la FAO, la planete abrite desormais 17 milliards de poulets, 1,8 milliard de moutons et de chevres, 1,4 milliard de bovins, 1 milliard de cochons et 1 milliard de canards. Auxquels il faut ajouter les nombreuses autres especes consommees : dindes, chameaux, poissons, chiens... Le monde devient, en effet, de plus en plus carnivore. Depuis les annees 50, la consommation mon-diale de viande a quintuple. Et meme si elle stagne en Occident depuis une vingtaine d'annees, elle s'envole dorenavant dans tous les pays emergents. Les Chinois et les Indiens ne se contentent plus de leur bol de riz ou de lentilles. Entre 1991 et 2002, les Chinois ont quadruple leur regime carne et les Indiens l'ont double. Selon la Fao, en 2030, le tiers-monde consommera pres des deux tiers de la viande mondiale. Il ne fait que suivre notre exemple avec un siecle de retard.
Mais les mefaits ecologiques des elevages intensifs ne s'arretent pas a la fievre planetaire. Le mal est plus profond. A commencer par l'artificialisation de la nature. Voila longtemps que les animaux ne sont plus nourris avec de l'herbe ou des dechets. L'elevage industriel reclame des quantites astronomiques d'aliments qui monopolisent 29 % de la surface terrestre sous forme de paturage et de cultures fourrageres. Ainsi, le soja est cultive a 90 % pour assurer l'alimentation animale. En quelques annees, rien qu'au Bresil, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie, cette culture s'est emparee de 40 millions d'hectares, surtout pour alimenter les bovins europeens et chinois. Or les ecologistes accusent cette extension de se faire le plus souvent au detriment de milieux naturels de grand interet, comme la savane arboree bresilienne, le Chaco argentin, la foret chiquitana bolivienne. Depuis quelques annees, c'est meme la foret amazonienne qui recule devant de nouvelles varietes de soja appreciant le climat tropical. En mangeant donc de la viande bien francaise, nous participons indirectement a la perte de la biodiversite amazonienne. Si encore cette nouvelle industrie enrichissait les petits paysans. Meme pas. « Le boom du soja remplace les agriculteurs par des investisseurs financiers. Ils engrangent des benefices allant jusqu'a 50 % par an. Demain, ils s'en iront vers d'autres produits plus rentables, laissant derriere eux une catastrophe ecologique et sociale », denonce, dans La Revue durable, Marc Hufty, enseignant-chercheur a l'Institut universitaire d'etudes du developpement (IUED) de Geneve. Par ailleurs, fabriquer de la viande avec du soja est un gachis proteique, puisqu'il faut 18 kilos de proteines vegetales pour fabriquer 1 kilo de boeuf ! La planete serait donc bien mieux nourrie avec un regime vegetarien.
C'est aussi l'elevage qui explique le succes du mais, ce boit-sans-soif qui vide les nappes phreatiques et rend exsangues les rivieres, ce consommateur d'engrais et de pesticides qui pollue l'air, le sol et l'eau. La Bretagne, qui eleve un cheptel faramineux de porcs et de volailles, en sait quelque chose. « Il faudrait produire moins de viande, mieux entretenir le territoire et gerer les cycles biologiques », dit Christian Mouchet, professeur d'economie rurale a l'Agrocampus de Rennes. Importation de soja, excedents de cereales. « Le resultat est une agriculture non durable qui puise dans les ressources naturelles de facon quasi miniere, economiquement inefficace et creatrice de desequilibres territoriaux », ajoute-t-il. Quelques eleveurs tentent de faire marche arriere. C'est pourtant cette voie bretonne peu recommandable qu'empruntent les pays emergents asiatiques. Le rivage de la mer de Chine se couvre d'elevages industriels de porcs et de volailles. Mais il y a pire que cette pollution. Depuis quelques annees, la Fao s'inquiete de la cohabitation des grands centres urbains avec ces elevages geants. Le melange est detonant. Hier, en Europe, la maladie de la vache folle a fait craindre le pire. Aujourd'hui, c'est la grippe aviaire. Lorsqu'il mutera defavorablement, le H5N1 provoquera des millions de morts dans la population humaine. Lui ou un autre. Les virus et microbes pathogenes abrites par les animaux d'elevage sont legion. « En cultivant en grande quantite des proteines (poulets, moutons...) identiques, on cree une sorte de reacteur biologique. Si un virus est adapte a un des animaux, il sera aussi adapte a tous les autres. Et l'elevage sera decime », explique Francois Renaud, directeur du laboratoire Genetique et evolution des maladies infectieuses (CNRS-IRD). Louise O. Fresco, sous-directrice generale de la FAO, complete : « La nature transfrontiere de ces maladies et leur capacite potentielle a franchir les barrieres des especes et a toucher l'homme constituent des enjeux serieux. » Et de se rassurer : « La science peut faciliter un developpement de l'elevage durable, equitable et sans danger, en innovant dans une vaste palette de secteurs. » Certes, la science peut tout, mais l'homme reste un fou. Comptons sur lui pour ne pas renoncer facilement a son bifteck ou a son poulet aux champignons noirs. La sante de son estomac lui importe davantage que celle de la planete. A moins d'une epidemie faisant des millions de morts...
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Commentaires
1. Le jeudi 6 juillet 2006 à 09:28, par Jnoun
2. Le samedi 22 juillet 2006 à 11:55, par Guillaume
3. Le dimanche 10 septembre 2006 à 18:20, par Atulya
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