Comment l'agriculture francaise doit se preparer au regime sec
Par Doudou, mercredi 25 octobre 2006 à 08:06 :: Revue de presse :: #154 :: rss
La derniere expertise collective de l'Inra (Institut national de recherche agronomique) commandee par le ministere de l'Environnement etait consacree aux pesticides. Elle avait fait beaucoup de bruit car ses auteurs y expliquaient sans detour que seule une strategie de rupture avec cinquante ans de pratiques d'agriculture intensive pourrait permettre de limiter l'usage des produits phytosanitaires en France. Par comparaison, la nouvelle expertise de l'Inra sur l'agriculture et les reponses a apporter aux secheresses qui s'annoncent va apparaitre beaucoup plus prudente et tres technique
- Il faudra moins d'animaux par hectare dans les zones de prairies permanentes.
- La monoculture de mais irrigue devra etre abandonnee la ou l'eau manque deja.
« La gestion de l'eau doit etre concertee. Il ne faut pas se couper des differents interlocuteurs, agriculteurs et associations de protection de l'environnement », explique Bernard Itier, coordonnateur de l'expertise, qui connait le poids des realites et des lobbies. « Pour avoir dit sur France Info que la monoculture du mais irrigue n'etait pas durable dans le Sud-Ouest, j'ai» mis le feu » a l'AGPM (Association generale des producteurs de mais) ». Jeudi, lors de la presentation de l'expertise, les redacteurs du rapport ont dit a plusieurs reprises, et au grand dam de nombre des auditeurs, qu'en hiver les sols nus des grandes cultures de plaine restituent plus d'eau aux nappes et aux rivieres que la foret ou les prairies.
Le ministere de l'Agriculture avait pose une question precise a l'Inra : a la lumiere de la production scientifique, que conviendrait-il de faire pour reduire la vulnerabilite de l'agriculture a un risque accru de secheresse ? Une question presque oubliee. « La canicule de 2003 et les secheresses de 2004 et 2005 ont remis en selle la question de la quantite, admet en effet Philippe Debaeke, de l'Inra (Toulouse). « La secheresse est longtemps apparue comme un probleme reserve au Maghreb, a l'Afrique noire ou a la Californie. » On croyait notre pays epargne par ce probleme alors que le XXe siecle a ete ponctue de plusieurs secheresses tres severes, notamment en 1921 avec 250 mm de pluie en un an sur Paris.
Un record.
Pour Meteo France, rien ne permet d'affirmer que les secheresses recentes sont directement liees au rechauffement. Cela n'empeche pas que tout le sud de la France est range par la Banque mondiale parmi « les zones a risque de dommages eleves » parce qu'il connait des episodes repetes de pluviometrie inferieure a 50 % de la normale.
Systemes complexes
Secheresse ne veut toutefois pas dire aridite, c'est l'un des principaux messages de l'expertise collective de l'Inra. Les problemes auxquels vont avoir a faire face les agriculteurs francais n'ont rien de comparable a ce qui se passe au Sahel. La difficulte, toutefois, c'est qu'il y a eu jusqu'alors beaucoup plus d'etudes sur l'aridite que la secheresse qui demande la mise en place de systemes plus complexes. L'expertise donne neanmoins plusieurs indications. D'abord, le probleme des cultures irriguees devrait se poser dans le Sud-Ouest (7 000 km2 actuellement) mais pas dans le sud-est (2 000 km2) qui dispose de « ressources exogenes » (grands barrages et glaciers alpins). Il se posera aussi en Poitou-Charentes ou il n'y a pas de nappes souterraines. En effet, dans ces deux regions, l'irrigation est tournee vers la culture voire, dans le Sud-Ouest, la monoculture du mais, une plante tropicale gourmande en eau en ete, alors Âmeme que les pluies peuvent faire le plus defaut. Les experts pronent donc une diversification des cultures. Ble, orge et colza d'hiver pourraient ainsi avantageusement remplacer le mais. Mais surtout le sorgho, une plante qui aime la chaleur et n'a pas besoin d'etre irriguee. Seule l'absence de filiere empechera son essor en France.
Les mutations les plus importantes devraient concerner l'elevage dans les zones de prairies permanentes. « Dans ces zones immenses, la charge a l'hectare (le nombre d'animaux) devra etre revue a la baisse », affirme Gilles Lemaire, de l'Inra. Les secheresses recentes qui ont transforme les prairies en paillasson ont montre que, pour s'en sortir, les eleveurs devront disposer d'un an et Âdemi de reserves de fourrage. Les experts notent au passage qu'un systeme assurantiel devra etre mis en place pour permettre de traverser les crises les plus aigues.
Les experts ont aussi fait part de leur scepticisme quant a la possibilite de mise au point prochaine de plantes transgeniques resistantes a la secheresse. Francois Tardieu, de l'Inra, a denonce les effets d'annonce en la matiere.
Le Figaro, 21/10/06 - Yves Miserey
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