Le premier porte sur des algues et des crustacés d'eau douce, le second sur la perturbation hormonale et le dernier sur l'aptitude des effluents de lessives à se dégrader dans les stations d'épuration biologiques. Les 3 tests ont révélé que seules les noix de lavage ont un degré d’ecotoxicité faible, toutes les autres lessives ayant au contraire un niveau plus ou moins élevé d’effets toxiques sur l’environnement. En effet, même si les eaux usées transitent par une station d’épuration qui « biodégrade » les polluants, elles ne sont pas épurées à 100%. De plus ces stations n’existent pas sur tout le territoire.

S’agissant de la lessive en poudre et en tablettes, les marques les plus toxiques réservent des surprises, puisqu’on y retrouve les marques bio ou vertes comme « Le Chat », « Maison verte », « l’Arbre vert » ou encore « Ecover ». Non seulement ces marques ont un impact négatif sur l’environnement, mais elles figurent en outre parmi les plus nocives. D’autres, qui n’affichent aucune revendication écologique, seraient en réalité moins toxiques, selon l’enquête. Il s’agit d’Apta Advance, Dash et Super Croix. Cette enquête révèle par ailleurs toutes les limites des labels verts, affiché par exemple par l’Arbre vert . Les critères d’attribution de l’écolabel européen ne s’attachent en effet que très peu aux effets toxiques et se concernent davantage la réduction des emballages et de la consommation d’énergie nécessaire au lavage. Par ailleurs, le niveau de toxicité est évalué pour les ingrédients et non pour l’ensemble du produit.

Autre point négatif : l’interdiction des phosphates, prévue au 1er juillet 2007, ne sera pas suffisante pour atténuer la toxicité des produits. La quasi-totalité des fabricants l’ont déjà anticipée et l’étude montre en conséquence le peu d’écoefficacité qu’elle est censée apporter. De même, la réglementation adoptée en 2005 sur la biodégradabilité des produits (exigeant un taux de 60% de biodégradabilité en 28 jours) ne s’applique qu’à certains ingrédients et montre ici ses limites. Il s'avère qu'aucun bain de lavage n'est facile à dégrader en station biologique. Seulement un peu plus de la moitié des lessives a une « digestibilité moyenne ». Rapporté aux 20 millions de lessives effectuées chaque jour en France, ces résultats ont de quoi inquiéter. L’étude apporte quand même deux « bonnes nouvelles » : le test de perturbation hormonale a démontré qu’aucun des produits n’avait de conséquences dans ce domaine et que les teneurs en phosphore sont aujourd’hui « faibles à très faibles ». Sur une dizaine d'années, la contribution des lessives domestiques aux rejets urbains en phosphore total est passée de 50 % à 2 %.

A final, seules les noix de lavage (voir article lié) constituent un procédé réellement écologique. Le test révèle que leur toxicité est tellement faible qu’elle se rapproche de celle de l’eau . Les lessiviers (Procter & Gamble/Colgate Palmolive, Unilever, Henkel, Reckitt Benckiser.), qui ont signé en 1998 un code de bonne conduite sur la protection de l’environnement, ont en revanche des progrès à faire en matière d’éco-innovation. Leur action s’est en effet concentrée sur la réduction des emballages et des doses, ainsi que sur la consommation d’énergie, sans aborder l’évolution du produit en tant que tel.

Novethic : Véronique Smée (30/10/2006)

voir aussi : le billet sur les lessives "écologiques"