ERB avait depose sa plainte en 2001, scandalisee par la campagne publicitaire deployee par Monsanto. Leader en France de la vente de pesticides aux particuliers, l'agrochimiste a bati le succes de sa gamme phare sur une image "ecolo". Qualifie dans les publicites de "biodegradable", le Roundup (une denomination generique pour une gamme de produits) etait aussi cense "respecter l'environnement", "laisser le sol propre".
Glyphosate. En 2000, Monsanto s'est paye une grosse campagne de pub a la tele pour le Roundup. Nous, on venait d'obtenir les resultats d'etudes qui montraient la presence massive de glyphosate, la matiere active du Roundup, dans les rivieres bretonnes", se souvient Gilles Huet, delegue de l'association (1). Or le glyphosate est un produit dangereux pour l'environnement et la sante, dont la presence dans l'eau et les aliments est reglementee par de multiples textes francais et europeens. En 2001, il est classe par la Commission europeenne comme "toxique pour les organismes aquatiques" et pouvant "entrainer des effets nefastes a long terme pour l'environnement".
"Avec ses pubs mensongeres, Monsanto a favorise la banalisation de l'usage de ce pesticide, le plus vendu aux jardiniers amateurs", deplore ERB. Une banalisation qui se traduit, selon l'association, par le fort taux de pollution des eaux francaises : les deux molecules chimiques issues du Roundup sont detectees respectivement dans 55 % et 35 % des eaux superficielles (2).
Aux Etats-Unis, a la suite d'une procedure judiciaire menee dans l'Etat de New York, Monsanto avait du cesser, des 1996, ce type de publicite sur le territoire americain. Mais en France, ce n'est que depuis 2003 que les produits Roundup ne sont plus porteurs de ces qualifications fallacieuses.
Depuis 2001, la toxicite du Roundup pour l'environnement et la sante a ete confirmee par de nouvelles etudes scientifiques. "L'equipe du Pr Robert Belle, du CNRS de Roscoff, a mis en evidence le caractere potentiellement cancerigene de l'herbicide (1), precise Jean-Paul Guyomarc'h, responsable du dossier pour ERB. Celle de Gilles-Eric Seralini, professeur de biologie moleculaire a l'universite de Caen, montre que le Roundup est aussi un perturbateur endocrinien."
Le proces avait ete reporte deux fois. Mais vendredi, dans son jugement, le tribunal correctionnel de Lyon a estime que "l'utilisation combinee sur les etiquettes et emballages des termes et expressions "biodegradable", "laisse le sol propre", etc., [...] pouvait laisser faussement croire au consommateur a l'innocuite totale et immediate desdits produits par suite d'une degradation biologique rapide apres usage [...] alors qu'ils peuvent au contraire demeurer durablement dans le sol, sous la forme de glyphosate et de son adjuvant, voire se repandre dans les eaux souterraines".
"Confiance". Plus genant encore pour Monsanto, la justice a considere que l'industriel savait parfaitement, et "prealablement a la diffusion des messages publicitaires litigieux, que les produits vises presentaient un caractere ecotoxique". Pour le porte-parole de Monsanto France, Yann Fichet, ce jugement "ne remet pas en cause l'utilite des produits de la gamme Roundup". "Il existe une relation de confiance entre nos produits et ses utilisateurs, et nous pensons que les consommateurs continueront a utiliser le Roundup", ajoutait-il vendredi. Monsanto etudie la possibilite de faire appel.
Au contraire, pour Eaux et rivieres de Bretagne, a qui Monsanto doit verser 5 000 euros de dommages et interets, "cette condamnation met fin au mensonge de la firme, remet les pendules a l'heure" et "constitue une excellente nouvelle pour la protection de l'eau". D'ailleurs, rappelle ERB, l'article 36 de la loi sur l'eau adoptee le 30 decembre dernier prohibe "les publicites pouvant donner une image exagerement securisante ou de nature a banaliser l'utilisation des pesticides".

(1) Liberation des 29 octobre et 5 novembre 2004.
(2) Dernier rapport de l'Institut francais de l'environnement
source : MDRGF