Des micro-algues a l'etude pour produire du biocarburant
Par Doudou, jeudi 1 mars 2007 à 08:01 :: Revue de presse :: #206 :: rss
Tout juste promus en France, les biocarburants issus de l'agriculture pourraient devoir faire face a l'avenir a un concurrent inattendu : les micro-algues. Leur tres petite taille - de l'ordre de 2 a 40 milliemes de millimetre - est inversement proportionnelle a leur teneur en lipides, dont peut etre tire le biodiesel. "Certaines especes de micro-algues produisent des stocks de lipides allant jusqu'a 80 % de leur poids lorsqu'elles sont soumises a des stress comme la privation d'azote ou une augmentation brutale de lumiere", explique Olivier Bernard, charge de recherche a l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) de Sophia Antipolis.
Les nombreux atouts de ces micro-organismes font rever les chercheurs. "Les micro-algues ont un rendement a l'hectare 30 fois superieur a celui des oleagineux terrestres comme le colza ou le tournesol", continue Olivier Bernard. Elles ont aussi l'avantage de pousser beaucoup plus vite. En moyenne, leur population double chaque jour. Ainsi, selon Jean-Paul Braud, gerant d'Innovalg, entreprise qui cultive les micro-algues, "un hectare et demi de culture en bassins sous serre suffit chaque annee a produire plusieurs tonnes d'algues, meme en cas de mauvaises conditions climatiques". Ce qui n'est pas anodin quand on sait que l'espace de culture est un facteur limitant dans le modele economique des biocarburants. En effet, ajoute Olivier Bernard, "pour faire rouler tous les vehicules au biocarburant vegetal, il faudrait semer du colza sur toute la superficie de la France".
Quant a l'impact sur l'environnement, il est quasiment nul. Alors que les biocarburants des cerealiers ne peuvent se passer d'engrais et de pesticides, les micro-algues se nourrissent d'azote, de phosphates et de gaz carbonique. "On peut tres bien imaginer des cultures d'algues installees a cote d'industries polluantes, et arrosees avec des eaux usees agricoles ou urbaines."
Ce qui s'annonce comme une innovation technologique n'en est pour l'instant qu'au stade de projet. En France, un programme de recherche, coordonne par Olivier Bernard, etudie l'elaboration d'un modele viable de production. Ce programme, qui a demarre en decembre 2006, est finance sur trois ans a hauteur de 2,8 millions d'euros. Il reunit des centres de recherche tels que l'Inria, le CNRS, le Commissariat a l'energie atomique, des universites, le Centre de cooperation internationale en recherche agronomique pour le developpement, l'Ifremer et une PME, Valcobio.
La quete du Graal
"Il s'agit tout d'abord de trouver le Graal de la micro-algue : une espece capable de se multiplier plus rapidement et de produire le plus de lipides possible", selon Olivier Bernard, qui exclut de fabriquer une micro-algue genetiquement modifiee. L'Allemagne, la Chine, l'Espagne, les Etats-Unis, l'Angleterre et le Japon sont deja dans la competition pour trouver l'espece qui remplira ces deux conditions.
Cette competition est d'autant plus d'actualite que, selon un rapport americain de 1996, "l'utilisation de micro-algues en tant que biocarburant est rentable a partir de 60 a 70 dollars le baril de petrole", explique Raymond Kaas, chercheur en physiologie et biotechnologie des algues a l'Ifremer. Une barre que l'or noir a deja franchie au cours des derniers mois et qu'il devrait atteindre de nouveau a l'avenir, en raison de sa rarefaction.
Le Monde, 21/02/07 Victor Roux-Goeken
Commentaires
1. Le mercredi 4 avril 2007 à 23:04, par matthieu ducehmin
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