Depuis le 1er mars, la chaine de jardinerie Botanic ne distribuera plus de produits chimiques de synthese en libre-service et proposera plus de 1000 references pour « l’eco-jardinerie ». Ce choix correspond a l'evolution de la demande des jardiniers amateurs.

Les jardineries Botanic ont pris un tournant radical en 2007 : ne plus vendre, en libre-service, les engrais, herbicides et pesticides de synthese. Cette politique se fait au detriment des marques qui detienne la plus grande force de frappe marketing, comme le Round Up de Monsanto, premier polluant des eaux de surface selon l’IFEN (Institut Francais de l’Environnement). En revanche, les alternatives naturelles pour l’entretien des jardins sont mises en avant et recommandees par les vendeurs, autour d’un Point Eco-jardinier, dans chaque magasin (il y en a une cinquantaine en France). « Le but est de prendre le temps de faire un diagnostic, pour traiter la cause et non pas le symptome » explique Eric Bouchet, le directeur general de Botanic.
La grande distribution prend cette fois l’initiative d’une pratique vertueuse, quitte a favroriser une tendance de consommation qui s’amorce. « Les gens sont prets. Nous ne sommes plus sur un phenomene marginal mais de societe » estime Christine Viron, directrice developpement durable et marketing. L’enseigne s’appuie sur une experience pilote menee dans le magasin de Villagrand : « Nous perdons 20% de notre chiffre d’affaires sur le rayon phytosanitaire mais la conversion aux eco-produits fonctionne et monte en puissance » declare-t-elle. Le but est d’initier un cercle vertueux, en jouant a la fois sur la demande (en eduquant le consommateur) et sur l’offre : « Notre demarche forte interpelle fortement nos fournisseurs, qui mettent en marche leur recherche et developpement » met en avant Christine Viron.

« Eco-jardinier » 



Plus de mille references seront labellisees « eco-jardinier » (contre 700 en 2006) dont des solutions preventives comme le paillage des parterres, des outils pour la gestion de l’eau raisonnee, des semences et plantes bio… Les produits chimiques de synthese seront proposes en vente assistee exclusivement, en dernier recours. Ils seront implantes dans une zone non accessible aux clients.
Ces produits homologues a la vente sont-il reellement dangereux ? « Un quart des matieres actives contenues dans les produits phytosanitaires des jardineries sont cancerigenes possibles ou probables », selon Le MDRGF, Mouvement pour les droits et le respect des generations futures. En outre, une etude menee a Harvard, en 2006, a montre que l’exposition aux pesticides augmente le risque de maladie de Parkinson de 70%. Or le jardinier amateur ne se protege pas comme un agriculteur. « La dose est plus faible mais cette baisse est largement compensee par une exposition plus forte », souligne Francois Veillerette, president du MDRGF.

Il est impossible, pour Botanic, de supprimer entierement le referencement des produits chimiques de synthese sans contrevenir aux regles commerciales en vigueur. « Nous sommes en train de negocier leur sortie… », annonce le directeur general, visiblement tres engage. Par exemple, le terreau eco-labellise est sans tourbe. Quand il en contient, Botanic est alle en Allemagne verifier que le fournisseur restaurait bien les tourbieres, ecosystemes fragile. Et le purin d’ortie, engrais traditionnel et naturel, qui a valu des ennuis a ses promoteurs avec la direction de repression des fraudes (DGCCRF) faute d’autorisation de mise sur le marche, est en bonne place sur le catalogue en ligne de l’enseigne. A la fois commerciaux et educatifs, le site Internet et le magazine du Club Botanic (330 000 membres) mettent en avant les pratiques eco-citoyennes a adopter.

Les pratiques usuelles sont en effet autant a mettre en cause que les produits chez les jardiniers amateurs, dont une etude montre qu’ils sur-dosent systematiquement. On retrouve les matieres actives non seulement dans 96% des rivieres et deux tiers des nappes phreatiques mais aussi dans l’air interieur et sur le sol des maisons, via les chaussures. En insistant sur les recommandations d’usage, l’intermediaire qu'est le vendeur Botanic participera a l’education sur la dangerosite des produits phytosanitaires. Il ne faut pas oublier que tous les produits actifs sont a manier avec precaution, y compris ceux reconnus ecologiques.

Novethic, 09/03/07 Helene Huteau